Le point sur mon voyage, le 21 mai 2015

Ce jeudi matin, je me réveille à 3h, comme cela m’arrive quelques fois, avec la tête pleine d’idée, de sentiments et d’envies. Nous sommes à Bogota et cela n’est sûrement pas innocent face à cette envie d’écrire un bilan intermédiaire sur ce voyage incroyablement remuant, marquant et unissant que nous avons entrepris il y a maintenant 10 mois et 6 jours. Je me revois encore prendre nos proches dans les bras à Genève, juste avant de nous lancer dans cette aventure, celle que nous n’avions pas du tout imaginer comme cela. Non pas qu’elle soit mieux où moins bien, bien au contraire, mais elle se vit et ne s’imagine plus. Nous sommes là, à 5 en famille, comme nous l’avions voulu, mais la réalité dépasse largement l’imagination.

Comment un être-humain est-il capable de digérer autant de choses en si peu de temps. Personnellement, il n’y a que l’écriture qui me le permet et qui me fait prendre le pas de recul nécessaire à cela. Sans cette voie, je ne suis que dans l’excitation ou la nostalgie, le noir ou le blanc. Comme par exemple ici à Bogota, cette ville mythique, capitale du pays de Pablo Escobar (bien que lui fut à Medellin). La terreur, elle, fut longtemps à l’image de ce que m’avais raconté Ana-Maria, rencontrée en Australie en 2002, lorsque 6 mois plus tôt elle se faisait pointer une arme sur la tête, arrêtée à un feu rouge, cela pour qu’elle remette une dizaine de dollars à son agresseur. Quel sentiment peu bien vous habiter avant d’entrer dans cette ville, bien que les choses, un peu comme à New York, soit totalement différentes aujourd’hui, une prise de conscience civique ayant eu lieu dans les esprits des citoyens.

En rentrant dans la ville, justement, le ressentis (le mien) se trouve plutôt dans le noir, la crainte. Pourtant, après quelques minutes évoluant dans les rues au volant de Rhino, je remarque que Bogota n’est rien d’autre qu’une grande ville remplie de circulation, de piétons et d’immeubles. Pas de pauvreté immédiate qui saute aux yeux, pas de gangster à la démarche saccadée, pas de différence avec une ville comme Marseille ou Berlin. Et là, tout devient blanc, une excitation incroyable et une joie de se retrouver là dans cette ville marquant les esprits, la même excitation qui a pu m’habiter, en remontant le temps, en arrivant à Panama City, à Tikal, à Teotihuacan ou encore à Brice Canyon !

Mais le voyage ce n’est pas que cette excitation ou cette crainte, c’est aussi toute une série de barrière qui tombe et de préjugés maltraités. Les barrières sont celle que nous avons, chacun, à l’intérieur de soi, étant toutes fonctions de ce que nous avons vécu dans notre vie. Chez moi, la plus grosse barrière ayant dû s’abaisser fut celle de la méfiance. Ne croyez pas que je fasse confiance à tout et tout le monde, mais il y a justement un équilibre à trouver entre le noir et le blanc. En entrant au Mexique, et étant dans le noir, la méfiance totale, je me suis enfermé dans une espèce de psychose qui aura donné lieu à l’article « Si je stress, un peu ouais. », et je me serais surtout mis dans des conditions qui ne m’ont pas permis beaucoup de contact humains. Maintenant, je suis relaxe et bien plus à même à laisser venir les choses. Je reste tout de même prévoyant lorsqu’il s’agit de ne pas se faire voler des objets de valeur ou lorsqu’il faut trouver un bivouac, mais entre prévoyant et méfiant il y a un monde teinté de nuance de gris (non non, pas celui-là, il y en a un peu moins que 50), un monde qui permet de vivre son voyage pleinement et le cœur ouvert à la surprise.

Et en ce qui concerne les préjugés, ceux que l’on vous met en tête au travers des médias ou simplement ceux que vous vous construisez vous-même en fonction de vos penchant socio-économico-écolo-blablabla…. ceux-ci se prennent un violent coup de pied dans le derrière. Le premier, chez moi, a concerné les USA. Sans parler du gouvernement pour lequel je garde une opinion médiocre, je me suis vu obligé de revoir ma copie en ce qui concernait les citoyens. L’américains moyen rencontré ne fait en rien référence à celui que j’avais en tête. Il reste patriote et assez centrer sur lui-même mais sait faire preuve d’ouverture, de partage, d’entre-aide et de gentillesse gratuite. Il n’est, ni plus, ni moins, qu’un être-humain fait de ses qualités et ses défauts, mais surtout d’une façon agréable. Pour continuer, l’Amérique centrale à drôlement ébranlé mon préjugé écologique. Si, dans nos pays riches et industrialisés, nous restons pathétiquement égoïstes et sûres que le maintien de notre planète ne passe que par ce que les autres font, comment pouvons-nous attendre de pays comme le Salvador, Le Honduras ou le Guatemala qu’ils fassent quelque chose. Les rues sont sales et les déchets remplissent les jardins des maisons autant que les bords de routes. Mais comment pouvons-nous attendre d’eux de changer leur façon de faire alors qu’il y en a encore qui n’ont pas accès à l’éducation, au logement décent et, plus simplement, à un service correcte de récolte des ordures, alors que beaucoup de citoyens de nos pays riches et éduqués, ayant une totale conscience des enjeux, ne changent pas leurs habitudes.

Le dernier préjugé concernera la Colombie que nous voyons, en Europe, dangereux et malfamé ! Mesdames, Messieurs, venez passer vos vacances ici et aider les colombiens à se développer. Nous faisons chaque jour des rencontres de personnes souriantes, agréables, partageant tout ce qu’ils ont, venant au contact avec un immense intérêt de votre personne. Ils sont ouverts, gentils et cela est parfois gênant tant ils vous offriront de vous aider pour tout et rien, mais jamais ils ne demanderont 5 centimes, ici être gentil C’EST GRATUIT. Cette description ne contraste-t-elle pas avec l’image que vous aviez-de la Colombie ?

Mais parlons un peu de la famille également, de ce que ce voyage peut apporter à son unité. Tout d’abords, il apporte de la proximité et de la communication. Cela fait 10 mois que nous sommes l’un sur l’autre sans avoir un grand panel d’échappatoire. La maison fait 16 m2 pour 53 m3, tout compris, pour 5 personnes. Donc lorsque l’on parle de proximité, cela devient presque de la promiscuité. L’avantage de se trouver si proche n’est autre que de voir évoluer ses enfants, son couple, sa famille comme si vous aviez mis tout ça sous un microscope, sans jamais lever les yeux. Si ça peut apporter quelques inconvénients, dont celui de finir par voir tous les petits défauts, l’avantage, si on est prêt à se remettre en question, c’est de connaitre les points forts et les points faibles de chacune des relations entre chacun des éléments qui forment cette famille. Si l’on est prêt à en faire quelque chose, c’est tant l’individu que l’ensemble qui en sortent grandis et plus fort.
La communication, elle, devient obligatoire, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Nous sommes tous faits de besoin individuels et ne pouvons pas les étouffer sans arrêt sous prétexte que nous sommes toujours en groupe. Les enfants, eux-aussi, ont les leurs et doivent pouvoir les exprimer. Cela c’est parfaitement illustré il y a 10 jours, lorsque nous voulions reprendre la route pour un trajet d’environ 4h. Les enfants se sont exprimés contre cette idée car nous étions dimanche et qu’il voulait profiter de leur journée sans école autrement que assis dans Rhino. Si la communication ne s’établit pas dans un voyage comme celui-ci, beaucoup de frustrations risque de mettre le projet en péril. Dans ce cas précis, il a fallu aux enfants le courage et la place pour s’exprimer, mais aussi à nous, parents, la capacité d’écoute et la faculté d’adaptation pour décider de remettre au lendemain le départ non souhaité par les loulous.

Tous ces exemples se trouvent être positifs et, bien que de nombreux épisodes bien moins réjouissant fassent partis du voyage, ils sont réels. Tout n’est pas rose mais bien en nuances de gris (oui, encore), non pas que tout soit terne mais simplement un mélange de noir et de blanc, de bon et de mauvais. Le tout, dans cette histoire qui ne fait que refléter la vie en général, est d’avoir une balance qui penche du côté +, une feuille de dessin penchant plutôt sur le gris clair annonçant l’éclaircie.

Et bien pour nous, actuellement, le ciel est bleu, le soleil brille avec un léger voile nuageux. Ce serait trop simple de vous faire croire que jamais aucun nuage ne traverse et surtout malhonnête pour ceux qui préparent leur voyage. Les orages passent parfois mais comme le dit le dicton : « après la pluie, le beau temps ». Le tout est de savoir prendre le recul nécessaire, et celui qui en est capable saura prendre les décisions saines pour son futur, qu’il soit ici ou ailleurs.

 

 

8 réflexions sur “Le point sur mon voyage, le 21 mai 2015

  1. Merci Michael pour cet article montrant le reel sur les pays traverse , mais aussi sur l’aspect humain de l’ecrit.
    Pour nous ce temoignage, m’apporte une vraie richesse.
    Jacques l’auvergnat

  2. Cher Michael
    Tes commentaires sont tres touchants, nous vous suivons des que nous vous avons rencontres en Costa Rica. Nous vous souhaitons tout bien et qu’il reste un peu de mefiance ;-)))).
    Bisous

    Les Balois

    • Bonjour a vous, quel plaisir de vous lire !!!

      Comment allez-vous ? La meteo semble bonne en Suisse.

      Nous tacherons de rester surtout prudent, a ne pas prendre de risques inutiles…

      Meilleures salutations a vous, amicalment…

  3. Très chouette article, merci de le partager, il permet de voyager un peu plus près de vous. Perso ça me rappelle la petite épopée en Arménie avec Claire et les enfants, même si ce n’était pas au même niveau (3 semaines, en chambres d’hôtes, vacances-périple !)
    Aussi j’hésite en ce moment à acheter un camion aménagé pour faire la route avec Eloan… Mais en te lisant ça va me tenter pour de bon !!
    Bisous à toute la tribu 🙂

    • Merci Isa! Je pense souvent a notre aventure en Armenie! Nous pouvons que te conseiller de prendre la route, quel magnifique aventure! Gros bisous a vous 2!

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