Un royaume de gentillesse, le Lesotho. Du 18 au 23 janvier 2017

Le Lesotho, une douane de plus à franchir. Et ce n’est pas forcément un plaisir d’y penser, surtout quand un sud-africain vous dit, quelques heures avant de la passer, que la douane du Lesotho est dangereuse et qu’on pourrait être bloqué des heures à attendre car elle est très corrompue. Alors, comme j’ai de l’internet à disposition, je décide d’appeler Arnaud (Bos’trotter) pour lui demander son avis. Eux, me dit-il, sont rentré sans aucun souci. Alors nous décidons de nous y rendre.

Très rapidement, nous prenons conscience que nous allons devoir subir de nombreux sourires, répondre à de nombreux salut de la main le long de la route. Oui, les Lesothans sont des personnes aimable, souriante, et surtout nous ne ressentons aucune agressivité. Pour commencer, l’entrée dans le pays nous demande à peine environ 15 minutes de formalités douanières, et encore cela comprend les 5 minutes à l’office du tourisme. En plus, lorsque l’on pose des questions, les réponses arrivent avec le sourire. Nous sommes contents que cela se passe ainsi car il est déjà 16h30 et nous n’aurions pas voulu être bloqués jusqu’à tard le soir.

La suite, vous la connaissez déjà par mon précédent article. Nous cassons le mécanisme de fenêtre et allons dans un camping de la capitale pour le réparer. C’est là qu’Amélie perd une nouvelle dent en tour du monde. Et aussi, nous y rencontrons la gentillesse lesothane pour la seconde fois avec un groupe d’une douzaine de personnes voulant se prendre en photo avec nous.

La réparation étant faite, nous repartons déjà jeudi matin pour visiter Thaba Bosiu. Le site n’est pas grandiose, mais c’est là que le peuple basotho créa le Lesotho en 1824, menés par leur roi devenu Moshoeshoe premier. Le site se trouve sur une table de montagne. Celle-ci était considérée comme magique car elle grandissait la nuit lorsque des personnes mal intentionnées essayaient de la gravir. Moshoeshoe était un homme agressif et guerrier, mais la vie et un homme en particulier lui apprit la sagesse et comment vivre en paix. C’est pour cela, qu’une fois devenu roi, il imposa à son peuple d’être une nation, un royaume de paix. Cela ne voulait pas dire qu’ils ne se défendirent pas contre les attaques Boers (néerlandais d’Afrique du Sud), mais simplement que leur vie de tous les jours allaient se dérouler dans une harmonie et une paix quotidienne. Et cela s’en ressent encore aujourd’hui. Un bon 80% des gens se retournent pour nous voir passer avec Rhino, et de ces gens-là, encore un 70% a un regard agréable, voire un sourire pour nous ou même encore il nous salue.

La visite guidée terminée, nous ne restons pas longtemps sur place. Nous souhaitons être « efficaces » et nous faire plaisir, tout en arrivant à temps pour accueillir enfin notre premier ami nous rejoignant sur ce voyage. Nous nous réjouissons déjà de recevoir Seb en Namibie. Mais bref, nous roulons en direction de Semonkong, où se trouve la chute de la rivière Maletsuyane. Pour y arriver, c’est un peu galère. Heureusement, les chinois, qui ont racheté énormément de lieu au Lesotho et qui amène leur économie là-bas, ont construit un réseau routier asphalté de bonne qualité mais en ne respectant aucune norme sécurité en terme de pente. Le Lesotho est très montagneux, nous atteignons même les 2800m d’altitude au maximum, et la route ne suit presque qu’une logique, le chemin le plus direct. Et pour ceux qui s’en rappellent, le seul gros point faible de notre fidèle Rhino, ce sont ses freins inadaptés au poids de 5.2to dans les descentes. La route est donc assez exténuante pour nous tous. Pour moi, qui reste attentif à cent pour cent en passant de la première à la deuxième, pour revenir en première, freiner tous les 40m pour retenir l’élan du véhicule et ne pas procédé à des freinages trop longs. Mais rien n’y fait, les plaquettes chauffent et ne refroidissent pas bien car l’asphalte tapé par le soleil doit bien atteindre les 50°. Les autres aussi fatiguent de cette route, ils subissent mes coups de freins et les virages serrés.

Mais le jeu en vaut la chandelle… Les vallées du Lesotho sont absolument splendides. Et lorsque nous trouvons un lieu pour le bivouac du soir, nous sommes aux anges. Nous nous arrêtons dans une communauté d’une vingtaine de maison. Au Lesotho, une grande partie de la population vit dans des maisons ronde au toit de chaume, sans électricité, ni eau courante, et n’ont pas de travail salarié. Ce sont des bergers pour la plupart, cultivant des champs de maïs, de riz ou autre en terrasse. Donc, s’arrêter dans une de ces communautés perdues dans une vallée, c’est comme arriver avec un objet du 21ème siècle dans un monde arrêté au 18ème. Pour pouvoir rester, je dois demander l’autorisation au chef du village. Nous communiquons tant bien que mal, car l’anglais n’est appris au Lesotho que si la scolarité obligatoire passée ils se rendent au collège. Mais c’est ok, nous dormirons là et repartirons demain matin.

Vendredi, nous finissons le peu de route nous séparant des chutes. Arrivés sur place, un comité d’enfants nous attend. Pendant que j’observe et que je définis, à pied, le meilleur tracé pour finir notre route devant mener au bivouac devant les chutes, Claire échange avec les petits lesothans totalement subjugués par Rhino et notre blancheur. Nous accédons finalement assez facilement au bivouac et le spectacle est au rendez-vous. Les chutes de Maletsuyane sont différentes de toutes celles que nous avons déjà vues. Cet encaissement, ces falaises, cette verdure d’une beauté incroyable. Nous passerons la journée ici, c’est évident.

D’autant plus que le champ est grand, que les enfants peuvent sortir quelques jeux, et surtout y jouer avec tout un tas d’autres enfants, car les petits lesothans sont restés avec nous. Claire leur donne un cours de dessin, leur offre un livre imagé que nous n’utilisons pas et ceux-ci sont subjugués. Jimmy passe beaucoup de temps à jouer au foot, alors qu’Amélie joue à faire des colliers de fleurs avec les filles de son âge. Vraiment, cette journée devant ces chutes en compagnie de ces enfants, c’était génial.

Samedi, la journée commence un peu mal pour moi. A mon réveil, j’entends de drôles de bruits. En écoutant un peu mieux, je reconnais le grincement que font les serrures des soutes du double-fond lorsqu’on essaie de les ouvrir alors qu’elles sont fermées à clé. Je sors et je vois un des ados d’hier me regardant d’un air effrayé. Je fais un pas en sa direction en levant la voix et lui détale à une vitesse incroyable. Je décide de ne pas prendre cette événement pour plus qu’il ne l’est. C’est un « petit con » d’adolescent qui a essayé, et il s’est fait avoir !

Nous repartons tôt ce samedi matin pour taper la route aux pentes de la mort avec la fraicheur du matin. On se dit que si l’air et l’asphalte sont plus frais, alors les freins devraient mieux tenir. Et c’est le cas. Sur la route nous ramenant en direction de Malealea, les plaquettes ne chauffent presque pas. Il faut dire que je décide aussi d’entreprendre ces descentes très lentement, restant en première dès que l’inclinaison est trop grande.

A Malealea, nous trouvons une région bien plus sèche qu’à Semonkong. Cela est assez impressionnant car seul 37km à vol d’oiseau séparent ces lieux. Nous décidons de stationner dans le lodge car les enfants souhaitent faire une sortie à cheval, une des activités proposées ici. Le soir, tout d’abord, nous profitons de la présence d’un groupe de chant local, puis d’un groupe de musique peu habituel. Celui-ci performe avec des instruments fait main, avec du matériel de récupération. Et autant le dire, c’est pas mal du tout ! Lors du passage du premier groupe, nous avons la chance d’entendre ces voix typiquement africaine, graves pour les hommes, fortes et belles pour les femmes. Au deuxième groupe, c’est les danseurs et cette façon de bouger typiquement africaine que nous retrouvons. Il n’y ’ pas à dire, les blancs ne savent pas danser ! Moi qui ne suis déjà pas facile à bouger sur une piste de danse, lorsque je vois un enfant d’une douzaine d’année bouger comme celui qui danse devant nous, je sens comme une légère frustration monter… Mais enfin, cela m’appartient et en attendant, nous passons un très bon moment africain.

7-musique

Dimanche matin, Claire et les trois enfants s’en vont à cheval. Le départ est tôt pour éviter les grosses chaleurs et surtout la force du soleil sur notre pâle peau. L’extrême force, la capacité du soleil à brûler notre peau me semble plus fort ici que nulle part ailleurs. Enfin l’Australie a peut-être cette violence, celle qui vous met un coup de soleil en 30 min à peine.

Amélie est tenue par une longe alors que les trois autres maitrisent leur monture. Le chemin descend par de petit chemin de terre à travers champ et passe par quelques maisons traditionnelles lesothanes.

8-maison-lesothane

Le groupe arrive ensuite au bord d’une falaise, la vue y est magnifique sur les tombants alentours formant une espèce de canyon montagneux. Comme Claire m’en fait part en revenant, faire une balade à cheval pour découvrir une région c’est quelque chose de spécial. Il y a cette tranquillité combinée à la présence de l’animal, une espèce de zenitude dans la contemplation du paysage, de son environnement. Passer à travers un village, voir les gens travailler dans les champs, avoir un mode de déplacement identique aux locaux. Les quatre reviennent enchantés de leur expérience et définitivement ce passage par Malealea en valait le coup.

Voilà, notre passage au Lesotho touche déjà à sa fin. Oui, c’était court, mais comme je l’ai déjà dit, il ne nous reste pas 1 an de voyage devant nous et nous serons en Namibie dans moins d’un mois. Le Lesotho, c’était presque de trop à bien regarder notre planning. Mais nous ne voulions pas manquer ce pays et même si nous reviendrons dans quelques mois dans cette région pour renvoyer Rhino en Europe, nous voulions voir le Lesotho vert comme il l’est maintenant, et non jauni par la sècheresse.

Nous filons donc directement en direction de la garden route à quelque 1’000km d’ici. Nous sortons du Lesotho vers midi avec encore une fois la preuve de la gentillesse des gens de la région. A la douane Sud-Africaine, le douanier nous demande ce qu’il y a dans notre véhicule. Je lui réponds : « Une maison » ! Interpellé, il me demande à voir et me dit clairement : « c’est juste par curiosité » ! C’est la première fois en 2ans de voyage avec Rhino qu’un agent quelconque m’avoue franchement qu’il veut rentrer juste pour voir. Et comble du tout, une fois dedans, il me demande poliment : « est-ce que ça vous dérange si je prends une photo » ? C’est donc avec deux douaniers assis à côté des loulous que nous rentrons à nouveau sur le territoire de l’Afrique du Sud.

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