Curries Camp, à la rencontre d’une communauté. Du 6 au 8 mars 2017

Comme si la découverte de notre premier Township ne suffisait pas à comprendre une partie de la complexité sud-africaine, les éléments se mettent en place d’eux-mêmes pour nous amener à comprendre encore une autre partie de ce pays ; les communautés « rurales ».

C’est Herman, rencontré au parc Kalahari, qui nous avait mis en contact avec Thabani pour visiter Paballelo, et c’est chez Herman que nous nous rendons à peine la visite terminée. Il habite à Curries Camp, une communauté grande d’un peu plus d’un millier de personnes. Mais avant de parler de la communauté, il faut parler de Oem Herman (oncle Herman en Afrikaans). Personnage très fière de lui-même, très centré sur son génie et ses capacités sans limite, il peut être parfois agaçant et même vous amenez à penser qu’il fabule. Mais le temps passé avec lui finit par vous montrer qu’il est ce qu’il dit et que sa personnalité, ou du moins ce qu’il en fait, impose le respect.

Herman a un parcours de vie que l’on peut autant définir réussi que chaotique ! Il a commencé sa vie en étant élevé par ses grands-parents qu’il croyait être ses parents puisque sa sœur qui était en fait sa mère l’avait eu très jeune et hors mariage, une chose inconcevable en ce temps-là. A 18 ans, alors qu’il s’était déjà engagé dans la lutte contre l’apartheid au sein de l’ANC, son père l’encourage à s’engager dans les forces armées. Avec la peau brune, nous explique-t-il, il n’y a pas trop de choix si l’on veut gagner sa vie. Vous choisissez d’être militaire, policier, infirmier ou alors de travailler dans les fermes en ne gagner que trois fois rien. Il s’engage alors comme militaire et fait finit dans les forces spéciales censé intercepter les livraisons d’armes au mouvement de rébellion de l’ANC, du PAC et autres organisation anti-apartheid. Mais comme il s’est engagé dans l’armée plutôt par manque d’autres choix et ayant déjà été recruté par l’ANC, Herman s’engage encore dans la lutte et laisse s’arrange pour qu’une partie des armes qu’il est censé intercepter passe tout de même. Malheureusement, pour une histoire communication défectueuse entre les services de police et les services militaires, Herman est condamné à 8 ans de prison, qu’il réalisera en partie après 6 années de cavale. Un fois sorti, il se range à une vie normale à Cape Town, où il a grandi, avant d’atterrir ici dans le Nothern Cape, à Curries Camp, afin de suivre sa dernière épouse, la troisième, originaire de cette région.

Depuis cinq ans qu’il est ici, Herman s’engage pour la communauté. Avec le temps, il est devenu Oem Herman (oncle Herman) et même les plus âgés l’appellent ainsi. Il faut dire qu’il se bat pour améliorer la vie de la communauté. Il a commencé par amener une notion de propreté afin que les gens cessent de jeter leurs déchets au sol. Cela fonctionne déjà mieux, mais, dit-il, comment les gens peuvent prendre soin de leur environnement si le gouvernement ne met pas en place un système de gestion des ordures !? Il se bat donc pour ce genre de chose, ce qui fait qu’il est aimé de certains, mais aussi détesté par d’autres. Nous passons la soirée de lundi à discuter, il mange avec nous et nous raconte déjà beaucoup d’histoire, tellement que nous avons de la peine à le croire. Mais la journée de mardi va nous confirmer une grande partie de ses dires, lorsque nous irons à la rencontre des locaux.

Herman vient à notre rencontre en début de matinée. Après le partage d’un petit déjeuner accompagné d’un café fort à l’italienne qu’il déguste avec joie, il nous amène dans l’école du village. Nous y rencontrons les deux dames qui travaillent en cuisine. Ici, l’état fourni une partie des fonds qui doivent servir à la préparation d’un repas qui, pour certains enfants, sera le seul vrai repas de la journée. Mais les fonds alloués sont insuffisant, alors les dames en cuisine vont chercher des fonds pour combler le manque et un projet est mis en place avec l’aide d’Herman pour planter leurs propres légumes. Cette année, le coin destiné à cela est laissé en friche pour, disent-ils, redonner un peu d’énergie à la terre qui ne donnait rien.

Nous faisons ensuite le tour des 4 classes. De la 1ère à la 6ème (du CP à la 6ème), les enfants sont disciplinés et travaillent. Le travail des enseignants et enseignantes n’est pas facile car les fonds alloués ne permettent pas d’engager plus de monde, ils se retrouvent donc avec, pour la plus grande classe, 40 élèves dans la même salle ! Le budget matériel est de 100’000 Rand (7’500 francs) par année nous dit-il. Alors il faut remettre ce montant à l’échelle des coûts sud-africains, certes, mais ce n’est pas un montant faramineux. Les enfants qui viennent ici sont tous de la communauté et les parents les laissent venir sans rechigner. Il y a juste ce garçon de 10ans qui vient d’intégrer la première année, car ses parents ne voulaient pas qu’il se rende en cours. Alors l’école est allée le chercher, et maintenant il reçoit l’éducation scolaire nécessaire.

Nous expliquons aux plus grands notre itinéraire. Ils sont ahuris par le nombre de pays traversés. Mais se rendent-ils vraiment compte de ce que cela représente ? La question se pose car lorsqu’Herman leur dira plus tard que notre prochaine destination est Port Elizabeth, ils diront que c’est très très loin ! Mais là arrive le temps pour ces grands de recevoir une leçon de rugby. Ce sport étant très peu répandu dans le nord du pays, la fédération sud-africaine soutien de petites infrastructures qui développerait la pratique du sport, et Herman en fait partie justement. Il donne des leçons de rugby avec du matériel fourni par la fédération. Jimmy et Amélie y prendront part mais ne seront pas convaincu, ce sport ne leur plait pas !

Nous quittons le village pour aller voir un bout de nature le long de l’Oranje Rivier. Herman nous avait promis une baignade rafraichissante. Imaginez, il fait 40° aujourd’hui, et marcher les quelques 20 minutes jusque sur les lieux est déjà un vrai supplice, le sable étant brûlant, le soleil réverbère sur le sol et nous arrivons totalement lessivés. Alors la trempette arrivée sonne comme une délivrance de fraicheur, nous adorons !

Mais si ce premier lieu de baignade est déjà beau, Herman nous emmène vers un autre endroit encore plus beau, avec de grosses pierres comme terrain de jeu et un petit barrage calmant les eaux. C’est ici que nous passerons le plus de temps, restant dans l’eau pour éviter de bruler au soleil durant ces heures les plus chaudes !

Lorsque nous repartons, il est 15h et il fait toujours très chaud. Nous nous rendons alors dans un petit magasin pour y acheter des boissons fraiches. Il s’y trouve deux billards où nos enfants passent un peu de temps à y jouer. Loli, la propriétaire du lieu, vient de Pretoria. Elle a suivi son mari qui lui est originaire d’ici et tient ce petit magasin/bar. Lorsque nous demandons s’il est possible de s’assoir et de boire un verre chez elle, elle est toute surprise. C’est la première fois qu’un blanc reste dans son magasin pour se relaxer et passer du temps. Nous adorons ce moment partagé avec d’autres enfants du village et ce vieux monsieur qui nous apporte du raisin frais !

Il est 16h et le soleil est toujours aussi fort, la chaleur nous fait toujours autant souffrir. Nous retournons alors chez Herman et à Rhino, qui lui aussi souffre de cette température. Les panneaux solaires font leur travail, mais le frigo, les ventilateurs et quelques petits consommateurs mettent à mal la batterie. Il fait près de 42° dans notre maison ! Nous finissons amorphes la partie ensoleillée de cette journée, attendant avec impatience la disparition du soleil et la baisse de la température. C’est vers 20h que nous reprenons un peu d’activité en nous rendant dans plusieurs maisons à la rencontre des voisins d’Herman. Nous commençons avec ces dames qui cuisent leur pain traditionnel à la braise, qui sera d’ailleurs une partie de notre repas, un vrai délice.

7 pain

Nous allons ensuite chez Maria qui nous montre les trois chambres qui devraient être le futur lieu d’accueil des touristes venant dans la communauté. Maria est adorable et nous montre quelques photos de sa famille.

Nous partons juste à côté dans une famille qui cuisine un pot-au-feu traditionnel sur la braise. Ça sent drôlement bon par ici.

9 pot au feu

Enfin, nous arrivons chez un monsieur qu’Herman soutien afin qu’il réalise des travaux de construction dans la communauté. Il est sans emploi depuis un moment mais sait construire et de façon légère, avec des bâtons de roseau. Ce type de construction à le net avantage de ne pas emmagasiner la chaleur et sa maison est de loin la plus fraiche de toutes celles visitées.

10 maison

Nous revenons à la maison d’Herman et partageons un souper que son fils a préparé, du riz, le pain préparé par les dames et une sorte de pot-au-feu de poulet. Nous sommes ravis de cette journée incroyable au contact improvisé. Merci beaucoup à Herman pour ce bon moment.

11 repas Herman (2)

Mais la chaleur a eu raison de nous, de notre batterie qui se coupera durant la nuit faute d’énergie avec un frigo qui a certainement dû tourner non-stop depuis 24h et nos nuits sont compliquées depuis quelques jours. Alors demain nous reprendrons la route pour chercher la fraicheur, mais avant de partir nous souhaitons rendre un peu de ce que nous avons reçu…

12 Herman

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