Quelques jours dans une communauté. Du 25 au 29 juin 2015

Quand nous avons quitté Manuel, Herminda et leur famille, nous savions ce pour quoi nous partions. Dans le cadre de notre association HAPPY, nous venions dans une communauté de Guachala pour un projet d’approvisionnement en eau potable. Toutefois, pour tout ce qui concerne le déroulement du projet et la réalisation en étape des travaux, nous développons cela sur notre page web de l’organisation dans cet article. Ici, nous voulons partager sur l’échange culturel qui s’est passé, un échange merveilleux tout particulièrement avec Esther.

En arrivant à Guachala, dans cette petite communauté d’une quarantaine de personne au total, nous sommes loin de nous imaginer se passera. Des liens se tissent, des échanges se font, des différences se sentent. Tout commence le premier jour, lorsque nous parlons de leur projet d’approvisionnement en eau potable. Nous remarquons qu’il est indispensable de bien choisir les mots que nous utilisons afin de bien se comprendre. Culturellement, tout est ok chez eux. Jamais ils ne diront que ce n’est pas possible, ils feront les choses mais peut-être pas comme espéré. C’est pour cela qu’il est indispensable d’être très précis dans les demande faites les uns aux autres, ne pas laisser un petit doute, sous peine que les choses se passent totalement différemment que discutées. Nous avons appris cela tout au long du projet réalisé avec eux, qui nous aura laissé quelques cheveux blancs, bien qu’au final tous se soient montrés disponibles et travailleur, le plus important dans notre aide avec HAPPY.

Mais tout au long de ces 5 jours passés chez eux, nous apprenons également à connaître un rythme et une qualité de vie qui n’est pas celle d’Europe. Ils n’ont ni plus, ni moins, bien au contraire ! Ils ont simplement des choses que nous n’avons pas et vice et versa. Le temps, par exemple, est une chose dont ils disposent. Ils n’ont pas de délai comme imposés chez nous par le paiement des factures, des rendez-vous chez le médecin, des activités extra-scolaires des enfants ! Dans cette communauté, ils n’ont pas non-plus cette culture égoïste que l’on retrouve beaucoup en pays industrialisé. Tout est échange, partage. Tu me repars ma douche, je te prépare un repas… Tu as besoin de carottes, je te prends une courge. Cela leur permet d’avoir une qualité de vie sans l’obligation de disposer d’une quantité d’argent inimaginable en Equateur. Chaque travail réalisé au sein même de la communauté leur permet de ne pas dépenser un argent qu’ils n’ont pas. Mais bien entendu, il y a aussi ce qu’ils n’ont pas. Comme je le disais, ils n’ont ni plus ni moins. Ce qu’ils n’ont pas, par exemple, ce sont des logis tout confort et bien entretenus comme chez nous. L’eau chaude est un produit plutôt cher. Pour installer une douche chauffante il faut compter environ 50$, soit 4 jours de travaille chez eux environ. Mais en plus, il faudra payer l’énergie nécessaire à l’eau chaude, une chose pas toujours possible. Il y a plein de différence comme celles-ci mais rien ne laisse à croire qu’ils sont moins heureux que nous, au contraire. Théophile, lui, nous donne un exemple d’une américains qui était venu visiter la communauté un jour. Il nous dit qu’un membre de la communauté s’était fâché avec le gringo car il disait qu’ils étaient drôlement pauvres. Et bien eux, ne se sentent pas pauvre. Nous aurions certainement besoin d’un peu plus d’argent, dit-il, mais nous avons été éduqué, nous avons un toit, de magnifiques potagers… Nous ne sommes pas riches, c’est clair, mais certainement pas pauvre non-plus. Ce discours nous a touché, car il montre à quel point ils ne se laissent pas aller à des plaintes mais qu’ils travaillent à améliorer leurs vies qui sont déjà un bel exemple pour plus d’un.

Durant le séjour ici, nous auront été aussi immergés dans un rythme et une façon de vivre très locale. Soraya aura tissé beaucoup de liens avec Evelyne. Cette fille de 15 ans, encore à l’école, aura passé beaucoup de temps avec notre ainée. Ensemble, elles se mettent au trico. Soraya connaissaient cette activité dans ses premières années scolaires, mais Evelyne lui aura réappris comment faire et elle ont tricoté durant des heures.

1 sorayaa

Jimmy, lui, s’est fait deux copains avec qui il aura passé le plus clair de son temps à faire des jeux de garçons. Il leurs a montré comment jouer au hockey et eux comment jouer à la guerre avec 3 bouts de bâtons ! Comme je le disais, des jeux de garçons !

2 hockey

Amélie s’est mêlée à un peu de tous les groupes. Comme d’habitude, notre dernière fait sa vie et rejoint le groupe qui l’enchante au moment où elle le décide. Le dessin avec Soraya et Evelyne lui a assez plu.

3 dessin

Et nous, les parents, nous avons été partagés entre moment d’échange avec la communauté et moments de travail pour ces projets. Mais Claire aura souvent discuté avec Alegra, la doyenne de de la communauté, avec ses 90 ans. De jolis échanges appréciés par mon épouse. Mais elle ne s’est pas contenté de parler, Claire aura aussi passé du temps en cuisine avec Esther pour lui apprendre comment réaliser des plats à l’européenne, ce que Esther et sa famille ont eu l’air de beaucoup apprécier.

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Tous ensembles, nous avons aussi eu la chance de les voir danser, en habits traditionnels également. Ils ont reçu une classe d’université américaine du Texas, le lundi, afin de partager avec eux leur culture. Ce fut toute une organisation pour eux dont nous avons profité juste avant de repartir le mardi matin.

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Ce fut une petite semaine fort en échange et incroyablement enrichissante. Nous nous réjouissons déjà de retourner les voir au mois d’Aout. Non seulement pour voir l’avancement des travaux du projet 2, mais aussi pour passer à nouveau un peu de temps ensemble, ce qui fut un véritable cadeau cette fois-ci !

 

Mitad del Mundo. Le 23 juin 2015

Au lendemain de l’anniversaire d’Amélie et juste avant de rejoindre Manuel (j’ai posté l’article de Cotacatchi trop vite), un équatorien qui nous a invité à passer la St-Jean dans sa famille, j’avais envie de faire un petit article juste sur la moitié du monde. Nous sommes, ici proche de Cayambe, juste sous la ligne de l’équateur. A Guachala, il y a un site nommé Quitsato (Quitsa = moitié, To = monde, en langue Tsafiqui), et offrant une multitude d’explications sur l’équateur et l’étude de sa ligne !

1 Quitsato

Pour nous, venant de l’hémisphère Nord, se trouver pile poil sous la ligne de l’équateur, là où elle fut calculée pour la première fois par un astrologue français et son équipe, reste un sentiment assez incroyable. De plus, la vue sur le Cayambe est belle. Ce volcan et le point le plus haut traversé par la ligne de l’équateur et le seul point où il y a de la neige ! E arrivant sur le site, le premier réflexe fut de poser la balise GPS sur la ligne désignée comme celle de l’équateur, voici le résultat :

2 balise

Puis, la deuxième chose à faire est de se promener dans part et d’autre de la ligne en passant le d’hémisphère Sud à l’hémisphère Nord. Un jeu fort amusant pour l’esprit. Pour le fun de l’image, notre famille en équilibre de chaque côté.

3 famille

Mais Quitsato n’est pas qu’un point sur cette ligne ni un simple calendrier solaire, il est un projet global de l’étude de cette ligne équatorial incluant la recherche des point stratégique de calculs effectué, déjà, par les civilisations pré-inca. Actuellement, 6 sites archéologique ont pu être découvert par des conclusions logique en rapport avec le prolongement du calendrier solaire de Quitsato. Tous ces sites représentent des points de repère en relation avec les équinoxes et solstices dans un alignement des sommets de montagne et ligne tracées sur ces sites.

Aussi, Cristobal son fondateur, se déplace régulièrement à l’étranger pour réaliser des conférences sur ses recherches et défendre un nouveau paradigme. En effet, culturellement, sur les mappes de notre terre le Nord et le Sud sont séparés par la ligne équatorial en présentant le Nord en-dessus du Sud, laissant apparaitre une supériorité des pays du Nord sur ses voisins du Sud (n’est-ce pas une réalité actuelle ?). Cristobal mets à mal cette projection en posant la question sur le sens de rotation de la terre en relation avec les hémisphères. Sans entrer dans une explication longue et peut-être pas des plus juste (problème de mémoire), la projection de notre terre sur les mappes monde devrait certainement être inversée de 90° pour présenter la ligne équatorial non pas comme une séparation entre le Nord supérieur et le Sud inférieur mais plutôt comme étant une union entre ces deux Hémisphère.

4 map

Un nouveau paradigme pour les enfants de nos enfants ?

 

La St-Jean à Cotacachi. Du 23 au 25 juin 2015

Lors de notre marche à la Laguna Cuicocha, Claire à fait la rencontre de Manuel, un équatorien vivant depuis 22ans en Italie et actuellement en vacances dans sa famille. Il nous a invités pour passer un moment de la fête de la St-Jean avec sa famille. Cette fête se déroule sur une semaine dans ce village. Toutes les communautés alentours se réunissent et danse autour de la place principale. Le 24, le premier jour, est réservé aux hommes.

Donc, mardi 23, nous quittons Guachala pour Cotacachi. En arrivant chez Manuel, ou plutôt chez ses parents, nous sommes accueillis de superbe manière. Nous arrivons chez une famille de classe moyenne supérieure dont la maison est très bien faite en bien entretenue. Miguel, le Papa, est entrepreneurs, constructeur de maison. Nous recevons des jus et, après quelques échanges dans le salon des parents, sommes invités à manger chez la belle-sœur de Manuel.

Herminda est colombienne. Elle s’est mariée à l’âge de 16 ans à Luis, le frère de Manuel. Ce sera elle qui prendra soin de nous durant ces 3 jours chez eux. Nous faisons connaissance et découvrons Herminda avec deux facettes. La première est celle d’une femme souriante, toujours prête à rigoler et d’un accueil exceptionnel. La deuxième, celle d’une femme loin de ses racines et seule, malgré la présence de sa belle-famille. Son mari, Luis, nous ne l’avons pas rencontré. Il fait partie de l’intelligence militaire équatorienne et est souvent en déplacement notamment lors de déplacement du président Correa à l’étranger. Nous partageons le premier repas mardi soir en compagnie de Manuel et Herminda, un plat préparé par cette dernière.

1 repas

Mercredi, alors que nous avons déjà commencé l’école, Herminda m’appelle et me dit de venir chez elle. Là, un plat de fruit nous attendait pour que je l’emmène dans notre Rhino pour le déjeuner.

2 plat

L’école terminée, Herminda nous invite à nous rendre au centre du village pour vivre ce moment traditionnel qu’est la St-Jean. Mais elle nous prévient, la fête peut dégénérer et devenir violente, traditionnellement. Cette fête est ancestrale et la plus importante des communautés alentours de Cotacachi. Elle est en relation avec le Solstice d’été et la mère-terre. Cette fête est là pour donner la force à la terre de donner suffisamment de récolte pour l’année à venir et au soleil de briller suffisamment pour faire grandir le grain.

Selon les explications reçues par Manuel et Herminda, tous les membres des communautés travaillent toute l’année afin de réunir assez d’argent pour faire la fête une semaine durant. Ils dépenseront cet argent en nourriture, mais aussi en alcool qui coulera à flot dans les gosiers !

Les communautés se déguisent et viennent en groupe danser autour de la place du village. Ils y a 5 groupes à la fois et chacun occupe un angle. Vous aurez compris, il n’y a que 4 angles et 5 groupes, ce qui fait que chacun son tour chasse le groupe suivant de l’angle et prend sa place pour danser. C’est là que certains esprits s’échauffent. A la rencontre des groupes, il y a des provocations, souvent amicales, mais qui deviennent de plus en plus virulente à mesure qu’ils sont imbibés d’alcool.

3 danse (1)

Tout cela peut paraitre barbare et inutile. Pourtant, ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que mon jugement est unilatéralement conditionné par les principes de vie européens. Je l’ai vu ainsi lorsqu’en discutant de culture, une personne m’a raconté que l’année précédente, deux jeunes s’étaient affrontés et que l’un d’entre eux en est mort. Le gouvernement a tenté d’intervenir auprès des communautés locales pour les dissuader de continuer de vivre leur fête ainsi. Tous se sont élevé contre cette demande en invoquant une tradition qui se vie depuis des siècles de cette façon. La famille du jeune décédé, interrogée par un quotidien, a expliqué qu’elle n’allait pas porter plainte et que malgré la tristesse d’avoir perdu un proche elle acceptait la situation puisque cela se passe ainsi depuis toujours.

Le tout n’en reste pas moins intéressant et impressionnant. Le déplacement des groupes est le moment laissant paraitre le plus d’énergie. Dans l’angle, en train de danser, ils semblent être comme dans une sorte de trance. Mais quand le groupe se met en déplacement, il se dégage une force assez impressionnante et limite effrayante.

4 face

Durant notre présence, un seul accrochage a eu lieu. Cela a eu pour conséquence de déclancher un mouvement de foule en panique. En gros, seul deux membres du même groupe tellement imbibés qui ne se sont pas reconnus en sont venus à s’accrocher, sans que cela ne déborde. Mais les gens sont tellement tendus que ce petit accro aura déclenché quelque chose qui aurait pu être plus dangereux que la bagarre en elle-même. Herminda s’est mise à courir en entrainant nos enfants avec eux. Elle les poussait au point qu’ils ont failli trébucher, et c’est là qu’il aurait pu se passer malheur. Claire et moi étions toutefois attentifs et avons pris le relai pour nos enfants, en nous déplaçant rapidement mais en marchant, nous mettant devant nos enfants pour éviter qu’ils ne se fassent bousculer.

Nous sommes repartis de la fête un peu avant Herminda et Manuel, que nous avons retrouvé le soir. Nous avons continué à discuter et échanger sur nos cultures et nos vies. Herminda nous a invités à revenir pour la fête du dimanche soir, là où les gens se retrouvent pour danser autour de groupe de musique, cette fois-ci sans aggressivité. Aussi, nous avons convenu d’essayer de nous revoir à la côte, puisqu’elle s’y rendra pour retrouver son mari et y passer les vacances d’été au bord de la mer. Nous avons beaucoup apprécié ces échanges et repartons avec un pincement au cœur mais très heureux d’avoir vécus ces instants en leur compagnie.

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